Introduction : Crédit TVA et trésorerie
Le crédit de TVA se forme lorsque la TVA déductible (sur achats, frais, investissements) excède la TVA collectée (sur ventes). Pour une entreprise, ce crédit représente une créance sur l'État, mobilisable pour améliorer la trésorerie.
Contrairement à une idée reçue, le crédit TVA n'est pas automatiquement remboursé. L'entreprise doit choisir entre :
- Imputation : Reporter le crédit sur les déclarations CA3 suivantes (compensation avec TVA due ultérieure)
- Remboursement : Demander versement du crédit (sous conditions de seuil et délai)
Ce guide détaille les mécanismes de récupération, les procédures administratives, les délais réels, et les stratégies pour accélérer les remboursements tout en sécurisant votre position face aux contrôles.
Pourquoi ce guide est essentiel pour les sociétés étrangères ?
Les entreprises étrangères opérant en France cumulent souvent des crédit TVA importants :
- Phase de lancement : Investissements initiaux (bureaux, équipements) avant CA significatif
- Activité export : Ventes exonérées (hors France) mais achats en France avec TVA
- Structure via représentant fiscal : Complexité administrative = risque de crédit non réclamé (prescrit après 3 ans)
Causes du crédit de TVA
1. Investissements importants
Lors d'investissements lourds (immobilier, machines, IT), la TVA déductible sur ces achats peut largement excéder la TVA collectée du mois.
Exemple :
Société allemande ouvre bureaux en France. Mars 2024 :
- Achat mobilier bureau : 50 000 € HT → TVA déductible 10 000 €
- Travaux aménagement : 100 000 € HT → TVA déductible 20 000 €
- CA France mars : 30 000 € HT → TVA collectée 6 000 €
Crédit de TVA : (10 000 + 20 000) - 6 000 = 24 000 €
2. Activité export prédominante
Les exportations hors UE sont exonérées de TVA (article 262-I CGI). Si l'essentiel de votre CA est à l'export, vous collectez peu ou pas de TVA, mais déduisez la TVA sur achats France → crédit structurel.
Exemple :
Négociant italien achète vins en France (avec TVA) pour revente USA/Asie (sans TVA). Chaque mois :
- Achats France : 200 000 € HT → TVA déductible 40 000 €
- Ventes export : 250 000 € HT → TVA collectée 0 € (exonération)
Crédit mensuel récurrent : 40 000 €, soit 480 000 €/an immobilisés si non remboursés.
3. Taux de TVA différenciés
Si vous vendez à taux réduit (5,5% ou 10%) mais achetez à taux normal (20%), déséquilibre mathématique générant crédit.
Exemple :
Distributeur espagnol produits alimentaires bio (taux 5,5%) :
- Achats emballages, transport, marketing : 100 000 € HT (TVA 20%) → Déductible 20 000 €
- Ventes produits alimentaires : 300 000 € HT (TVA 5,5%) → Collectée 16 500 €
Crédit : 20 000 - 16 500 = 3 500 € mensuel.
4. Saisonnalité de l'activité
Dépenses concentrées sur certains mois (stocks avant saison haute, campagnes marketing) mais CA étalé → crédit temporaire.
5. Période de création ou restructuration
Nouvelles entreprises ou sociétés en restructuration (fusion, changement activité) accumulent souvent crédit avant stabilisation CA.
Tableau récapitulatif causes crédit
| Cause | Caractère | Montant typique | Durée |
|---|---|---|---|
| Investissements | Ponctuel | 10k€ - 500k€ | 1-3 mois |
| Export prédominant | Structurel | 20k€ - 200k€/mois | Permanent |
| Taux différenciés | Structurel | 2k€ - 20k€/mois | Permanent |
| Saisonnalité | Cyclique | 5k€ - 50k€ | 2-6 mois/an |
| Création entreprise | Temporaire | 10k€ - 100k€ | 6-18 mois |
Calcul et droits à remboursement
Formule de calcul du crédit TVA
Si résultat > 0 → Crédit de TVA
Si résultat < 0 → TVA à payer (débit)
TVA déductible : conditions strictes
Rappel : La TVA n'est déductible que si toutes ces conditions sont réunies :
- Facture conforme : Mentions obligatoires (n°, dates, n° TVA fournisseur, détail HT/TVA/TTC)
- Lien avec exploitation : Achat nécessaire à activité taxable
- Non-exclusion légale : Pas de bien/service exclu (véhicules tourisme, logement fonction...)
- Délai : Déduction possible jusqu'au 31 décembre de la 2e année suivant fait générateur (exemple : achat mars 2024 → déduction jusqu'au 31/12/2026)
Coefficient de déduction
Si l'entreprise réalise à la fois des opérations taxables et exonérées, elle ne peut déduire la TVA qu'au prorata :
Exemple :
Holding mixte :
- Prestations services management filiales : 200 000 € (taxable)
- Dividendes perçus : 300 000 € (exonéré TVA)
- Coefficient = 200 000 / (200 000 + estimation frais liés participations 100k) = 200/300 = 67%
Si 30 000 € de TVA sur frais généraux → Déductible = 30 000 × 67% = 20 100 €
Crédit de TVA : qui y a droit ?
Toutes les entreprises assujetties à la TVA en France peuvent demander remboursement de leur crédit, y compris :
- Sociétés étrangères avec représentant fiscal (obligatoire pour dépôt CA3)
- Établissements stables en France de sociétés UE ou hors UE
- Micro-entreprises ayant opté pour régime réel (les auto-entrepreneurs au régime micro sont exclus)
Exclus : Entreprises réalisant uniquement des opérations exonérées sans droit à déduction (médecins, enseignement privé non technique, assurances...).
Imputation sur CA3 vs remboursement
Option 1 : Imputation (report)
Par défaut, le crédit de TVA est automatiquement reporté sur la déclaration CA3 du mois suivant. Il s'impute sur la TVA due des périodes futures jusqu'à épuisement.
Avantages imputation :
- Aucune démarche : Report automatique, pas de formulaire
- Pas de contrôle : L'administration ne vérifie pas spécifiquement (sauf contrôle global)
- Simplicité : Comptabilité fluide
Inconvénients imputation :
- Immobilisation trésorerie : Pas de rentrée de cash
- Risque de prescription : Crédit non utilisé après 3 ans = définitivement perdu
- Inutile si crédit structurel : Si export 100%, crédit ne s'impute jamais (TVA collectée = 0)
Option 2 : Remboursement
L'entreprise demande explicitement le remboursement du crédit. L'administration verse le montant (après contrôle éventuel).
Avantages remboursement :
- Amélioration trésorerie : Rentrée d'argent sous 2-4 mois
- Évite prescription : Crédit réclamé = sécurisé
- Planifiable : Intégrable dans prévisions cashflow
Inconvénients remboursement :
- Contrôle systématique si montants élevés (>50k€)
- Délai variable : 2 à 6 mois selon profil entreprise
- Justificatifs : Peut nécessiter production factures, preuves export
Tableau comparatif
| Critère | Imputation | Remboursement |
|---|---|---|
| Démarche | Automatique | Case à cocher sur CA3 |
| Délai récupération | Variable (quand TVA due) | 2-4 mois (ou 6 si contrôle) |
| Impact trésorerie | Aucun | Positif (virement) |
| Contrôle administration | Rare (sauf contrôle global) | Fréquent si >50k€ |
| Prescription | 3 ans (risque perte) | Sécurisé une fois demandé |
Quelle option choisir ?
Arbre de décision :
- Si crédit ponctuel (<10k€) et CA régulier : → Imputation (report 1-2 mois suffit)
- Si crédit >20k€ ou persistant >3 mois : → Remboursement
- Si activité 100% export (crédit ne s'impute jamais) : → Remboursement systématique
- Si tension trésorerie : → Remboursement (même si délai contrôle)
- Si aversion contrôles fiscaux : → Imputation (si possible)
Procédure de demande de remboursement
Fréquence et seuils de remboursement
Trois modalités selon votre régime TVA :
| Modalité | Conditions | Seuil minimum | Procédure |
|---|---|---|---|
| Remboursement mensuel | Régime réel normal (CA3 mensuelle) | ≥ 760 € | Cocher case CA3 chaque mois |
| Remboursement trimestriel | Régime réel simplifié ou mini-réel | ≥ 760 € | Demande sur CA3 trimestrielle |
| Remboursement annuel | Tout régime (en fin d'année ou clôture exercice) | ≥ 150 € (ou tout solde créditeur) | Demande sur dernière CA3 ou déclaration annuelle |
Attention : Crédit < seuil = Impossible de demander remboursement (report obligatoire). Exception : Clôture définitive d'activité (tout solde remboursable).
Étape par étape : Demande sur CA3
Étape 1 : Remplir la CA3
- Ligne 23 (TVA collectée) : Total TVA due sur ventes
- Ligne 24 (Report crédit mois précédent) : Crédit N-1 non remboursé
- Lignes 19-22 (TVA déductible) : Total TVA récupérable
- Ligne 27 (Crédit) : Si (24 + 22) > 23 → Différence = crédit
Étape 2 : Cocher la case remboursement
Sur la CA3, ligne 27 "Crédit à reporter ou à rembourser", deux sous-cases :
- Case "dont remboursement demandé" : COCHER et indiquer montant souhaité
- Montant non demandé = Report automatique mois suivant
Étape 3 : Dépôt de la CA3
Télédéclaration obligatoire via impots.gouv.fr :
- Connexion espace professionnel (ou via votre représentant fiscal)
- Menu "Déclarer TVA" → "Dépôt CA3"
- Remplir formulaire en ligne
- Validation → Accusé réception (PDF à conserver)
Délai dépôt : Avant le 19 du mois suivant (ou 24 si télédéclaration accompagnée de télépaiement).
Étape 4 : Justificatifs éventuels
L'administration peut demander (notification par courrier ou message sécurisé) :
- Factures d'achats justifiant TVA déductible (échantillon ou exhaustivité)
- Preuves d'export si crédit lié à ventes hors UE (DAU, MRN, B/L)
- Contrats si investissements importants (immobilier, matériel)
- Justificatif activité (Kbis, liasses fiscales, attestations clients)
Délai réponse : Généralement 30 jours. Ne pas répondre = Suspension traitement demande.
Cas particulier : Demande via formulaire 3519
Pour les entreprises non établies en France mais ayant supporté TVA France (hôtels, congrès, prestations ponctuelles), remboursement via formulaire 3519-SD (13e directive TVA) :
- Conditions : Aucun établissement stable France, activité taxable dans pays d'origine
- Dépôt : En ligne via portail dédié (impots.gouv.fr section "Entreprises étrangères")
- Délai : 6 mois pour déposer demande (après fin année civile des dépenses)
- Traitement : 4-8 mois (contrôles plus approfondis car non-résidents)
Délais de traitement et contrôles
Délais légaux de remboursement
L'article 1965 L du CGI fixe un délai théorique de 30 jours pour remboursement. En réalité :
| Profil entreprise | Montant demande | Délai moyen réel |
|---|---|---|
| PME établie, historique propre | < 10 000 € | 30-45 jours |
| PME établie | 10 000 - 50 000 € | 60-90 jours |
| Toute entreprise | > 50 000 € | 90-120 jours (contrôle systématique) |
| Nouvelle entreprise (<2 ans) | Tout montant | 90-180 jours (vérifications poussées) |
| Entreprise étrangère (13e directive) | Tout montant | 120-240 jours |
Intérêts de retard si dépassement délai
Si délai légal (30 jours) dépassé sans faute de l'entreprise (vous avez fourni tous justificatifs dans les temps), vous pouvez réclamer intérêts moratoires :
- Taux : Taux BCE + 10 points (actuellement ~14-15% annuel, soit ~1,2%/mois)
- Calcul : Sur montant remboursé, du 31e jour au jour versement effectif
- Demande : Courrier au SIE avec calcul détaillé
Exemple :
Demande 50 000 € déposée 15/03, tous justificatifs fournis 30/03. Remboursement effectif 15/07 (107 jours après dépôt, 77 jours de retard).
Intérêts : 50 000 × 14% × (77/365) = 1 479 € réclamables.
Contrôles déclenchés par demande remboursement
Analyse de risque automatisée
La DGFiP utilise un système de scoring pour décider quelles demandes contrôler :
- Feux verts (contrôle allégé) : Entreprise établie >5 ans, historique déclaratif propre, demande cohérente avec activité
- Feux oranges (contrôle ciblé) : Première demande importante, évolution brutale activité, secteur à risque
- Feux rouges (contrôle approfondi) : Nouvelle entreprise, montant >100k€, incohérences déclaratives, pays origine sensible
Déroulement contrôle ciblé remboursement
- Notification demande justificatifs (J+30) : Courrier ou message impots.gouv.fr
- Délai réponse : 30 jours pour fournir documents
- Analyse documentaire : Vérification factures, cohérence comptable (30-45 jours)
- Éventuellement : Contrôle sur place (ESFP - Examen de Situation Fiscale Personnelle ou vérification comptabilité)
- Décision : Remboursement total, partiel (rejet d'une partie) ou refus total
- Notification : Motivation écrite si refus/réduction
Motifs de rejet fréquents
| Motif rejet | Explication | Comment éviter |
|---|---|---|
| Factures non conformes | Mentions obligatoires manquantes (n° TVA fournisseur, détail TVA...) | Vérifier toutes factures avant comptabilisation |
| TVA non déductible | Dépenses exclues (véhicules tourisme, cadeaux >73€...) | Revoir règles déductibilité, séparer dépenses exclues |
| Absence preuves export | Factures HT export sans justificatif sortie territoire | Constituer DAU/MRN systématiquement, archivage rigoureux |
| Activité fictive | Soupçon de fraude (factures complaisance, activité non réelle) | Transparence totale, documentation activité réelle (contrats clients, locaux...) |
| Coefficient mal calculé | Activités mixtes (taxées/exonérées), prorata incorrect | Calcul annuel précis, validation expert-comptable |
Garanties demandées
Pour montants très élevés (>200k€), l'administration peut subordonner le remboursement à fourniture de garanties :
- Caution bancaire (engagement banque à payer si redressement ultérieur découvert)
- Hypothèque sur bien immobilier
- Nantissement titres/fonds de commerce
Coût : Caution bancaire = 1-3% du montant garanti. Refuser garantie = Remboursement différé (après contrôle exhaustif, délai 6-12 mois).
Optimisation trésorerie et anticipation
Stratégie 1 : Demandes systématiques si crédit récurrent
Si votre activité génère structurellement du crédit (export, taux réduits), ne jamais laisser s'accumuler :
- Demande remboursement chaque mois dès seuil 760€ atteint
- Prévision trésorerie : Intégrer rentrée TVA 60-90 jours après demande
- Évite prescription (crédit >3 ans = perdu)
Stratégie 2 : Anticiper justificatifs
Préparer avant demande les documents probablement réclamés :
Checklist justificatifs pré-contrôle :
- Factures achats : Copie numérique toutes factures du mois, classées par fournisseur
- Grand livre auxiliaire : Balance fournisseurs avec TVA détaillée
- Justificatifs export : DAU, MRN, statuts "Sortie confirmée" ECS, B/L/AWB
- Investissements : Devis signés, contrats, preuves livraison/réception
- Calcul coefficient : Si applicable, détail prorata avec CA par activité
- Attestations : Si prestations intra-groupe, contrats formalisés
Gain de temps : Réponse sous 5-10 jours au lieu de 30 → Remboursement accéléré de 3-4 semaines.
Stratégie 3 : Fractionner les demandes
Si crédit important (ex: 150k€) généré ponctuellement :
- Option A : Demande unique 150k€ → Contrôle approfondi systématique, garantie demandée, délai 6 mois
- Option B : 3 demandes mensuelles de 50k€ → Contrôles plus légers, délai 3-4 mois par vague
Attention : L'administration détecte les fractionnements artificiels (si 150k€ crédit mois M, demander 50k€ mois M puis 50k€ mois M+1 sans nouveau crédit = suspect). Légitime si crédit effectif s'accumule progressivement.
Stratégie 4 : Autoliquidation TVA import
Pour entreprises important régulièrement (hors UE → France) :
- Sans autoliquidation : Payer TVA à la douane (impact trésorerie immédiat) → Report crédit 30-60j
- Avec autoliquidation (régime 42) : TVA déclarée sur CA3 (collectée = déductible) → Neutralité trésorerie immédiate
Procédure : Demande autorisation douane (via représentant fiscal). Délai obtention : 2-3 mois. Gain annuel trésorerie : TVA import moyenne × 45 jours.
Stratégie 5 : Négociation plan de trésorerie avec SIE
Si entreprise en difficulté financière temporaire (besoin urgent remboursement) :
- Courrier motivé au SIE : Exposer situation, demander remboursement prioritaire
- Joindre : Plan trésorerie, justificatifs difficultés (relevés bancaires, impayés clients...)
- Possibilité remboursement partiel anticipé (50% immédiat, solde après contrôle)
Taux succès : Variable, mais SIE peut être compréhensif si dossier solide et difficultés conjoncturelles (pas structurelles).
Tableau optimisation par profil
| Profil entreprise | Situation crédit | Stratégie optimale |
|---|---|---|
| Export 100% | Crédit structurel 20-50k€/mois | Demande mensuelle systématique + justificatifs pré-archivés |
| Croissance rapide | Investissements ponctuels 100-300k€ | Fractionnement 3-6 mois + anticipation garantie bancaire |
| Taux réduits (alimentaire, livres) | Crédit faible récurrent 2-10k€/mois | Demande trimestrielle (évite lourdeur administrative mensuelle) |
| Importateur régulier | Crédit lié TVA import | Autoliquidation régime 42 (neutralité trésorerie immédiate) |
| Start-up (<2 ans) | Crédit initial 50-150k€ puis stabilisation | Dossier béton (preuves activité réelle) + patience (délai long) |
Cas particuliers et situations complexes
Crédit de TVA et cessation d'activité
Lors de cessation définitive d'activité (liquidation, fermeture établissement France) :
- Tout crédit TVA résiduel (même <150€) est remboursable intégralement
- Demande : Sur CA3 de clôture (déclaration finale TVA)
- Justificatifs : Radiation Kbis, courrier cessation activité au SIE
- Délai : 3-6 mois (contrôle systématique des dernières périodes)
Régularisations : L'administration vérifie souvent si biens d'investissement (avec TVA déduite) sont cédés/réemployés (régularisation TVA sur durée restante peut être demandée).
Crédit de TVA et fusion/absorption
En cas de fusion/absorption :
- Société absorbée : Crédit TVA transmis à absorbante (article 1693 bis CGI)
- Modalités : Déclaration CA3 finale absorbée (crédit reporté), absorbante récupère ce crédit sur sa CA3
- Attention : Si absorbante non assujettie TVA ou régime différent, transmission peut être refusée
Crédit de TVA et holding pure
Une holding pure (détient participations sans activité opérationnelle) réalise des opérations exonérées sans droit à déduction :
- Pas de droit à déduction TVA sur frais généraux (conseil, audit, locaux...)
- Donc pas de crédit TVA remboursable
- Exception : Holding animatrice (fournit services taxables aux filiales) → Prorata de déduction
Optimisation : Transformer holding pure en holding animatrice (formaliser prestations management, RH, comptabilité aux filiales avec facturation) → Récupération partielle TVA (selon coefficient).
Crédit de TVA et opérations triangulaires
Ventes en chaîne (A→B→C) avec flux physiques complexes :
Cas complexe :
Société UK (post-Brexit) achète marchandises Allemagne, les revend à client France, livraison directe ALL→FR.
- TVA allemande sur achat (UK paie à fournisseur ALL)
- UK facture FR avec TVA française (autoliquidation ou via RF)
- Crédit TVA UK : TVA ALL payée non déductible en UK (pas d'ES UK) → Demande remboursement ALL via procédure 13e directive ALL (formulaire équivalent 3519)
Complexité : Demande dans pays fournisseur (ALL), délai 6-12 mois. Solution : Utiliser intermédiaire avec ES dans chaque pays (simplifie circuit TVA).
Crédit de TVA et sociétés en redressement judiciaire
Si entreprise en procédure collective (redressement/liquidation judiciaire) :
- Créances TVA (crédit remboursable) entrent dans l'actif de la procédure
- Mandataire judiciaire gère demandes remboursement (pas le dirigeant seul)
- Priorité : Remboursement TVA utilisé pour payer créanciers prioritaires (salariés, Trésor public...)
- Délai allongé : +3-6 mois (vérifications renforcées, risque fraude)
Litiges et recours
Refus de remboursement : que faire ?
Si l'administration refuse totalement ou partiellement le remboursement (notification par courrier motivé) :
Étape 1 : Analyse de la motivation
Identifier précisément les motifs :
- Factures non conformes (lesquelles ?)
- TVA non déductible (pourquoi ?)
- Absence justificatif (lequel manque ?)
- Erreur calcul (coefficient, montant ?)
Étape 2 : Contestation amiable (recommandée)
Courrier argumenté au chef de service SIE :
- Réfuter point par point les motifs
- Joindre pièces justificatives complémentaires
- Demander réexamen avec RDV explicatif
- Délai : Réponse sous 30-60 jours
Taux succès : ~40% si arguments solides et bonne foi démontrée.
Étape 3 : Réclamation contentieuse
Si échec amiable, réclamation formelle (article R196-1 LPF) :
- Délai : 2 mois à compter notification refus (impératif, sinon irrecevable)
- Forme : Courrier LRAR au SIE avec copie DINR
- Contenu : Exposé faits, argumentation juridique, demande révision décision
- Pièces : Toute preuve nouvelle (factures rectifiées, attestations fournisseurs, jurisprudence...)
Traitement : 6-12 mois. Décision motivée écrite (acceptation totale/partielle/rejet).
Étape 4 : Tribunal administratif
Si rejet réclamation, saisine tribunal administratif :
- Délai : 2 mois après notification décision réclamation
- Procédure : Requête écrite + mémoires contradictoires (requérant / administration)
- Audience : Débats oraux devant juge (facultatifs mais recommandés)
- Jugement : 12-24 mois après saisine
- Coût : Gratuit (pas de frais greffe) mais honoraires avocat (~5-15k€)
Étape 5 : Cour administrative d'appel / Conseil d'État
Si jugement défavorable, appel possible :
- Cour administrative d'appel : Réexamen fond du dossier (délai 24-36 mois)
- Conseil d'État (cassation) : Seulement vices procédure ou question de principe (délai 18-36 mois)
Délais contentieux : récapitulatif
| Étape | Délai pour agir | Durée traitement |
|---|---|---|
| Contestation amiable | Immédiat (aucun délai formel) | 1-2 mois |
| Réclamation contentieuse | 2 mois après refus | 6-12 mois |
| Tribunal administratif | 2 mois après décision réclamation | 12-24 mois |
| Cour administrative d'appel | 2 mois après jugement TA | 24-36 mois |
| Conseil d'État | 2 mois après arrêt CAA | 18-36 mois |
Médiation fiscale : alternative
Parallèlement au contentieux, possibilité de saisir le Médiateur des Ministères Économiques et Financiers :
- Conditions : Litige non résolu par voie amiable, pas encore jugé au fond
- Saisine : En ligne (economie.gouv.fr) ou courrier
- Délai : Médiateur rend avis sous 3 mois
- Effet : Non suspensif (contentieux continue) mais avis moralement contraignant pour administration
- Taux succès : ~50-60% (selon rapport annuel Médiateur)
Recommandation : Cumuler médiation + réclamation contentieuse (double chance de règlement favorable).
Questions fréquentes
Non. Le délai de réclamation est de 3 ans à compter du fait générateur. Un crédit né en janvier 2021 non réclamé avant fin 2024 est prescrit définitivement. Exception : si contrôle fiscal en cours remontant à ces périodes, l'administration peut accepter régularisation.
30 jours après dépôt complet du dossier (CA3 + tous justificatifs demandés fournis). Au-delà, vous pouvez réclamer des intérêts moratoires au taux BCE+10 points (~14-15% annuel actuellement), calculés du jour 31 au jour du versement effectif.
Non. Tout refus (total ou partiel) doit être motivé par écrit (article L211-2 Code relations public-administration). La motivation obligatoire doit inclure les textes applicables, les faits reprochés et le montant rejeté. Un refus non motivé est illégal et contestable devant le tribunal administratif.
Oui, c'est possible et parfois stratégique. Sur la CA3, case "dont remboursement demandé", indiquez le montant souhaité. Le solde non demandé s'impute automatiquement sur le mois suivant. Utile si vous anticipez de la TVA due prochainement.
Non, mais une corrélation existe. Le contrôle ciblé de remboursement vérifie les documents spécifiques à la demande (factures, exports). Si des anomalies sont détectées, il peut évoluer en contrôle général. La probabilité est d'environ 15-20% selon le profil, d'où l'importance d'un dossier impeccable.
Le crédit de TVA est une situation comptable (TVA déductible supérieure à la TVA collectée) représentant une créance sur l'État. Le remboursement de TVA est l'opération administrative consistant en le versement effectif du crédit sur votre compte bancaire. Vous avez un crédit, vous demandez remboursement, vous recevez un virement.
Oui, si le crédit n'est pas prescrit (moins de 3 ans). Nous auditons vos CA3 historiques, reconstituons les justificatifs, déposons une réclamation motivée auprès du SIE et négocions avec l'administration. Le taux de succès est d'environ 70% si le crédit est légitime et les documents suffisants.
Besoin d'accélérer votre remboursement TVA ?
Nous préparons votre dossier, anticipons les contrôles et négocions les délais avec l'administration.
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