Redressement Fiscal pour Absence de Représentant Fiscal

Découvrez la procédure de contrôle fiscal, les rappels de TVA, les majorations de 40% à 80% et les recours possibles en cas de redressement.

Procédure de contrôle et de redressement

Le redressement fiscal est la procédure par laquelle l'administration fiscale française (Direction générale des Finances publiques - DGFiP) rectifie les déclarations fiscales d'une entreprise pour rétablir les montants d'impôts réellement dus. Pour les entreprises étrangères sans représentant fiscal, cette procédure présente des spécificités.

Déclenchement du contrôle

Le contrôle fiscal d'une entreprise étrangère peut être déclenché par :

  • Contrôle sur pièces : examen de documents (factures, contrats) par les services du SIEE sans visite sur place
  • Vérification de comptabilité : examen approfondi de l'ensemble de la comptabilité (rare pour entreprises sans établissement en France)
  • Droit d'enquête : visite inopinée dans les locaux d'un client français pour vérifier les factures émises par l'entreprise étrangère
  • Échange d'informations internationales : transmission d'informations par l'administration fiscale d'un autre pays (convention fiscale, directive DAC)

Notification de vérification

Si l'entreprise dispose d'un établissement en France, l'administration doit lui adresser un avis de vérification au moins 3 jours ouvrés avant le début du contrôle (article L47 du Livre des procédures fiscales).

En l'absence d'établissement en France et de représentant fiscal, l'administration peut procéder à un contrôle sur pièces sans notification préalable. L'entreprise n'est informée qu'au moment de la proposition de rectification (équivalent d'un avis de redressement).

Proposition de rectification

À l'issue du contrôle, si des insuffisances de TVA sont constatées, l'administration adresse une proposition de rectification (article L57 du LPF) mentionnant :

  • Les montants de TVA rappelée par période (mois ou année)
  • Les bases légales du redressement (articles du CGI)
  • Les majorations et pénalités applicables
  • Le délai de réponse (30 jours minimum)

Ce document est adressé à l'adresse du siège social de l'entreprise à l'étranger, par lettre recommandée avec accusé de réception. En l'absence de représentant fiscal, les délais de réponse sont souvent difficiles à respecter (acheminement postal international, traduction nécessaire).

Droit de réponse et débat contradictoire

L'entreprise dispose de 30 jours (prolongeables sur demande motivée) pour répondre à la proposition de rectification. Elle peut :

  • Accepter le redressement : paiement des sommes dues et clôture du dossier
  • Contester partiellement : accord sur certains points, contestation sur d'autres
  • Contester totalement : refus du redressement et demande de saisine de la Commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires (article L59 du LPF)

L'absence de réponse dans les délais est considérée comme une acceptation tacite du redressement.

Calcul des rappels de TVA

Le montant des rappels de TVA correspond à la différence entre la TVA qui aurait dû être déclarée et payée et celle effectivement versée (souvent zéro en l'absence de représentant fiscal).

Reconstitution du chiffre d'affaires

En l'absence de déclarations fiscales, l'administration reconstitue le chiffre d'affaires taxable en France à partir de :

  • Factures détenues par les clients français : obtenues lors de contrôles chez ces clients ou via droit d'enquête
  • Relevés bancaires : paiements reçus de clients français (obtention via assistance fiscale internationale)
  • Données de plateformes : Amazon, eBay, autres marketplaces transmettent les ventes réalisées (obligation légale depuis 2020)
  • Estimation forfaitaire : en cas d'absence totale de documents, l'administration peut procéder à une évaluation forfaitaire (article L73 du LPF), généralement défavorable au contribuable

Application des taux de TVA

L'administration applique le taux normal de 20 % sur toutes les opérations, sauf preuve contraire apportée par l'entreprise qu'un taux réduit était applicable :

  • 10 % : restauration, transports de voyageurs, travaux dans logements anciens
  • 5,5 % : produits alimentaires de première nécessité, livres, certains travaux de rénovation énergétique
  • 2,1 % : médicaments remboursables, presse

Déduction de la TVA

En principe, l'entreprise étrangère peut déduire la TVA qu'elle a payée sur ses achats français (fournitures, prestations, importations). Toutefois, en l'absence de représentant fiscal et d'immatriculation, cette TVA n'a généralement pas été récupérée.

L'administration peut accepter de tenir compte de cette TVA déductible lors du redressement, à condition que l'entreprise fournisse :

  • Les factures d'achats originales
  • La preuve que la TVA a été effectivement payée
  • Un lien direct entre les achats et l'activité taxable en France

En pratique, obtenir cette déduction nécessite de constituer un dossier documentaire complet, souvent difficile à réunir a posteriori.

Exemple de redressement

Entreprise britannique (post-Brexit) vendant du matériel de bricolage à des particuliers français via sa boutique en ligne, sans représentant fiscal, pendant 3 ans.

Chiffre d'affaires reconstitué :

  • Année 1 : 200 000 € TTC
  • Année 2 : 350 000 € TTC
  • Année 3 : 450 000 € TTC
  • Total : 1 000 000 € TTC

TVA rappelée :

  • Base HT : 1 000 000 € / 1,20 = 833 333 €
  • TVA (20 %) : 833 333 € × 20 % = 166 667 €

À cette TVA rappelée s'ajoutent les majorations et intérêts de retard (voir ci-dessous).

Majorations : de 10% à 80%

Le montant de la TVA rappelée est assorti de majorations dont le taux varie selon la gravité du manquement.

Majoration de 10 % (régularisation spontanée)

Applicable en cas de dépôt spontané d'une déclaration rectificative avant tout contrôle (article 1728 du CGI, alinéa 1). Cette situation est rare pour les entreprises sans représentant fiscal, car elles ne peuvent déposer de déclarations sans d'abord s'immatriculer.

Majoration de 40 % (manquement délibéré)

Applicable lorsque l'administration démontre que le contribuable a délibérément omis de déclarer la TVA (article 1729 du CGI).

En cas d'absence de représentant fiscal alors qu'il est obligatoire, l'administration présume généralement le caractère délibéré du manquement :

  • L'entreprise ne pouvait ignorer son obligation de s'immatriculer à la TVA en France
  • L'absence de représentant fiscal empêche toute déclaration
  • Le manquement perdure sur plusieurs mois ou années

L'entreprise peut toutefois apporter la preuve contraire (bonne foi, erreur de conseil, etc.) pour éviter cette majoration.

Majoration de 80 % (manœuvres frauduleuses)

Applicable en cas de fraude caractérisée : dissimulation de recettes, fausses factures, montages artificiels visant à éluder l'impôt (article 1729 du CGI).

Exemples de manœuvres frauduleuses :

  • Utilisation de sociétés écrans pour masquer le vendeur réel
  • Facturation via une société établie dans un paradis fiscal
  • Fausses déclarations de lieu de livraison (prétendre livrer hors France alors que les biens sont livrés en France)

Intérêts de retard

Indépendamment des majorations, des intérêts de retard s'appliquent au taux de 0,20 % par mois (soit 2,4 % par an - article 1727 du CGI), calculés depuis la date d'exigibilité initiale de la TVA jusqu'au paiement effectif.

Les intérêts de retard se cumulent avec les majorations. Ils ne sont ni plafonnés ni remisables (sauf circonstances exceptionnelles).

Exemple chiffré

Reprise de l'exemple précédent (rappel de TVA : 166 667 €).

Scénario A : Manquement délibéré (majoration de 40 %)

  • TVA rappelée : 166 667 €
  • Majoration (40 %) : 166 667 € × 40 % = 66 667 €
  • Intérêts de retard (estimation 18 mois moyens) : 166 667 € × 0,20 % × 18 = 6 000 €
  • Total : 239 334 €

Scénario B : Manœuvres frauduleuses (majoration de 80 %)

  • TVA rappelée : 166 667 €
  • Majoration (80 %) : 166 667 € × 80 % = 133 334 €
  • Intérêts de retard : 6 000 €
  • Total : 306 001 €

À cela s'ajoute l'amende de 5 % sur le chiffre d'affaires (50 000 € dans cet exemple), portant le total à près de 290 000 € à 356 000 € selon le scénario.

Délais de reprise : 3, 6 ou 10 ans

Le délai de reprise est la période pendant laquelle l'administration fiscale peut contrôler les déclarations et procéder à un redressement. Ce délai varie selon la nature du manquement.

Délai de principe : 3 ans

En application de l'article L176 du Livre des procédures fiscales, l'administration peut procéder à un redressement jusqu'à la fin de la troisième année suivant celle au cours de laquelle la TVA est devenue exigible.

Exemple : pour la TVA due au titre de l'année 2022, l'administration peut redresser jusqu'au 31 décembre 2025.

Délai de 6 ans : défaut ou retard de déclaration

Lorsque aucune déclaration n'a été déposée ou que la déclaration a été déposée avec retard, le délai de reprise est porté à 6 ans (article L176 du LPF, alinéa 3).

Pour les entreprises étrangères sans représentant fiscal, cette situation est systématique (impossibilité de déposer une déclaration sans immatriculation). Le délai applicable est donc généralement de 6 ans.

Délai de 10 ans : activité occulte ou fraude

En cas d'activité occulte (dissimulation volontaire de l'activité taxable) ou de manœuvres frauduleuses, le délai de reprise est porté à 10 ans (article L169 du LPF).

L'activité occulte est caractérisée lorsque :

  • L'entreprise n'a accompli aucune des formalités d'immatriculation ou de déclaration
  • Elle a délibérément dissimulé son activité en France (utilisation de prête-noms, sociétés écrans, etc.)

Pour une entreprise étrangère vendant en France sans aucune démarche d'immatriculation ni de déclaration pendant plusieurs années, l'administration peut qualifier la situation d'activité occulte et remonter jusqu'à 10 ans en arrière.

Point de départ du délai de reprise

Le délai de reprise court à partir du 31 décembre de l'année concernée. Il est suspendu en cas de :

  • Demande de renseignements à une administration étrangère (assistance fiscale internationale)
  • Vérification de comptabilité en cours
  • Procédure contentieuse : le délai est suspendu pendant toute la durée du litige

Recours contentieux et garanties

Face à un redressement fiscal, l'entreprise étrangère dispose de plusieurs voies de recours pour contester tout ou partie des rappels de TVA et majorations.

1. Recours hiérarchique

Avant toute procédure contentieuse, l'entreprise peut saisir le supérieur hiérarchique du vérificateur (directeur départemental ou régional) pour demander un réexamen du dossier.

Ce recours, bien que non obligatoire, permet souvent d'obtenir :

  • Une réduction des majorations (passage de 40 % à 10 % si bonne foi démontrée)
  • Un abandon partiel des redressements contestables
  • Un échelonnement des paiements

2. Réclamation contentieuse

L'entreprise peut déposer une réclamation contentieuse (article R196-1 du LPF) auprès du service ayant émis le redressement, dans un délai de 2 ans à compter de la mise en recouvrement.

Les motifs de contestation peuvent porter sur :

  • Erreurs de droit : taux de TVA incorrect, activité non taxable, etc.
  • Erreurs de fait : montant du chiffre d'affaires surestimé, opérations comptabilisées deux fois
  • Vice de procédure : délai de réponse non respecté, défaut de motivation de la proposition de rectification
  • Prescription : opérations hors délai de reprise

Le service dispose de 6 mois pour répondre. En cas de rejet ou de silence, l'entreprise peut saisir le tribunal administratif.

3. Recours juridictionnel

En cas de désaccord persistant, l'entreprise peut saisir le tribunal administratif dans un délai de 2 mois à compter de la décision de rejet de la réclamation.

La procédure contentieuse comprend :

  • Première instance : tribunal administratif (délai de jugement : 12 à 24 mois)
  • Appel : cour administrative d'appel (délai : 18 à 36 mois)
  • Cassation : Conseil d'État (uniquement sur les questions de droit, délai : 24 à 48 mois)

Pendant toute la durée du contentieux, l'entreprise doit payer les sommes contestées ou fournir des garanties (caution bancaire, hypothèque) pour obtenir un sursis de paiement.

4. Transaction fiscale

À tout moment, l'entreprise et l'administration peuvent conclure une transaction (article L247 du LPF) permettant de :

  • Réduire les pénalités (abandon partiel ou total des majorations)
  • Échelonner les paiements sur 12 à 36 mois
  • Clore définitivement le litige

En contrepartie, l'entreprise doit :

  • Accepter le principe du redressement (sur la TVA rappelée)
  • Renoncer à tout recours contentieux
  • Régulariser complètement sa situation (désignation d'un représentant fiscal si activité continue)

FAQ — Redressement Fiscal

Le délai de reprise est de 3 ans en principe, 6 ans en cas de défaut de déclaration (situation systématique sans représentant fiscal), et 10 ans en cas d'activité occulte ou de manœuvres frauduleuses.

Les majorations vont de 10 % (régularisation spontanée) à 40 % (manquement délibéré, présumé en l'absence de représentant fiscal) et jusqu'à 80 % en cas de manœuvres frauduleuses, en plus des intérêts de retard de 0,20 % par mois.

L'administration utilise les factures détenues par les clients français, les relevés bancaires obtenus via la coopération fiscale internationale, les données des plateformes (Amazon, eBay), ou procède à une estimation forfaitaire généralement défavorable.

Oui, l'entreprise dispose de plusieurs recours : recours hiérarchique, réclamation contentieuse dans un délai de 2 ans, saisine du tribunal administratif, ou négociation d'une transaction fiscale avec l'administration.

Oui, l'absence de réponse dans le délai de 30 jours (prolongeable sur demande) est considérée comme une acceptation tacite du redressement. Il est donc crucial de réagir rapidement.

En principe oui, mais l'entreprise doit fournir les factures d'achats originales, la preuve du paiement effectif et un lien direct avec l'activité taxable. En pratique, constituer ce dossier a posteriori est souvent difficile.

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Carlos Rodriguez - Expert en contentieux fiscal international

Carlos Rodriguez

Expert en contentieux fiscal international

Carlos Rodriguez accompagne les entreprises étrangères dans leurs litiges fiscaux avec l'administration française depuis 2012. Il a obtenu des annulations ou réductions de redressement dans plus de 70% des dossiers traités.

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Sources : Article 289A CGI — Légifrance · BOFiP — Instructions fiscales TVA · impots.gouv.fr
Dernière mise à jour : Novembre 2026

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